Mission de facilitateur éolien pour la région Wallonne.

 

Conférence-débat du 08/05/2002 à Celles

 avec Monsieur le Ministre José DARAS


                         Implantation d’éoliennes en Région wallonne :

                   mythes et réalité

 

Au vu des informations erronées transmises aux riverains de Celles, il semble nécessaire de faire le point. La problématique de l’implantation des éoliennes étant relativement neuve dans le paysage wallon, de nombreuses rumeurs courent et empêchent les potentiels futurs riverains de parcs de se forger une opinion en pleine connaissance de cause.

Début mai, une " cellule éolien " a été constituée à l’initiative conjointe des Ministres Daras et Foret. Les travaux de cette cellule portent sur l’aménagement du territoire dans le cadre de l’implantation de parcs éoliens. Ils déboucheront sur une note politique attendue pour la mi-juin. Dans l’attente de cette note, la présente prise de position est une réaction non pas d’une quelconque instance politique, mais bien celle du facilitateur éolien mis en place par la Région wallonne.

L’objet de cette note n’est donc en aucun cas de trancher la question de l’opportunité de l’implantation des éoliennes à Celles ou de la délivrance du permis d’urbanisme pour ce projet particulier. Ces questions sont en effet du ressort du fonctionnaire délégué de la DGATLP au niveau de la province ainsi que des commissions consultatives mises en place en première instance, et du Ministre de l’Aménagement du Territoire en cas d’avis défavorable du Collège des bourgmestre et échevins ou à défaut de décision du fonctionnaire délégué.

 

De l’implantation de parcs éoliens et des nuisances en découlant

Les objectifs fixés par le Ministre Daras en matière de production d’électricité à partir d’énergie éolienne on-shore sont de 1,5 % de la consommation globale à l’horizon 2010, soit 200 MW ou encore 133 éoliennes de 1,5 MW (type d’éoliennes en projet à Celles).

Outre leur contribution dans la lutte contre les gaz à effet de serre et les changements climatiques, le développement des énergies renouvelables est encouragé car ces sources sont inépuisables. Il n’y aura jamais d’embargo sur le soleil ou sur le vent. Elles permettent donc d’assurer un minimum de production électrique propre à la Belgique et ainsi de s’affranchir progressivement d’une trop grande dépendance énergétique. Des potentiels significatifs existent en Wallonie, que ce soit en terme de centrales hydroélectriques, d’éoliennes, d’exploitation de déchets forestiers, de cultures énergétiques ou encore de biométhanisation. Ils doivent être exploités.

Souvent, la population a l’impression que le porteur de projet impose le choix du site d’implantation. Il n’en est rien. S’il est vrai que le porteur de projet propose un site d’implantation pour son projet, il ne décide de rien, un permis d’urbanisme étant toujours requis. Le fonctionnaire délégué au niveau de la province, en délivrant ou non le permis, cautionne ou dénonce ce choix. Or, le fonctionnaire délégué applique dans ses décisions les dispositions du Code wallon de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et du patrimoine (CWATUP) ainsi que les recommandations du gouvernement wallon visant à une politique cohérente et uniforme d’aménagement du territoire dans le cadre spécifique de l’implantation de parcs éoliens.

L’idée d’une planification et d’une programmation des éoliennes, au moyen d’un document cartographique réalisé en tenant compte des contraintes liées à l’aménagement du territoire, à l’environnement et à l’énergie, a été rejetée. La Région wallonne a plutôt choisi de relancer le développement de l’énergie éolienne en privilégiant une approche par critères d’implantation couplée à la détermination de zones d’exclusion.

Les principales raisons de ce choix sont les suivantes :

En Flandre, l’identification de zones dédiées aux éoliennes a eu pour conséquence une importante spéculation immobilière et l’imposition d’endroits aux communes réduisant leur marge d’appréciation en fonction du développement communale préalablement prévu. En outre, en Flandre occidentale, suite à la désignation de " bandes d’affectation ", la population risque de se retrouver du jour au lendemain avec 100 à 150 éoliennes nouvellement implantées. Cela illustre très clairement l’importance de la consultation des communes et de l’implantation progressive permettant à chacun de s’habituer à la présence d’éolienne, de se faire une idée sur ce développement,…

La combinaison des activités liées à l’agriculture avec celles de production d’électricité au moyen des éoliennes s’avère heureuse. En effet, une enquête menée aux Pays-Bas ainsi que les connaissances actuelles ont démontré que l’exploitation des terres agricoles est peu ou prou affectée par la présence d’éoliennes. Les résultats de cette enquête sont confirmés notamment par la longue expérience danoise en la matière. Les mêmes constatations ont été faites pour la végétation, les récoltes, le jeune bétail et les moutons. Dans le même ordre d’idées, les problèmes d'odeur autour de certaines exploitations ne sont pas plus étendus qu'avant l'installation des éoliennes.

En Région wallonne, l’implantation des éoliennes revêt un caractère dérogatoire soumis à la condition d’une bonne intégration au site bâti et non bâti. Le critère de l’intégration paysagère est donc une condition sine qua non à l’obtention du permis d’urbanisme. Soulignons que le CWATUP (Code Wallon de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme) ne privilégie pas plus l’implantation d’éoliennes en zone rurale qu’en zone industrielle, une dérogation au plan de secteur étant requise dans tous les 2 cas.

En Flandre, l’implantation d’éolienne n’est actuellement admise que dans les zones industrielles et les zones d’utilité publique. Cela présente l’inconvénient de limiter les constructions dans cette zone dans un périmètre en amont de l’éolienne (dans la zone balayée par le vent avant que celui-ci n’atteigne l’éolienne). En outre, le nombre et la situation des bâtiments existants dans la zone est susceptible d’affecter la rentabilité de(s) l’éolienne(s), ce qui remet en question l’opportunité même du projet. Les éoliennes ne peuvent en effet fonctionner et ainsi justifier leur implantation que lorsque le vent souffle avec une vitesse suffisante. C’est pourquoi il est nécessaire d’éviter dans la mesure du possible les constructions générant des turbulences susceptibles de freiner ou de dévier le vent. Les zones industrielles présentent donc souvent des caractéristiques intrinsèques entrant en contradiction avec les conditions de faisabilité d’un parc éolien. Un récent développement est d’ailleurs en cours en Région flamande visant à autoriser l’implantation des éoliennes en zone agricole. Ce type de zone est en effet une des plus adaptée à l’implantation des éoliennes, le relief y étant en général relativement plat et les constructions y étant limitées.

La nacelle d’une éolienne de 1,5 MW, située à l’extrémité supérieure du mat, s’élève à environ 80 mètres. Le rotor présente un diamètre d’environ 80 mètres également, les pales atteignant chacune une longueur d’un peu moins de 40 mètres. C’est pourquoi on parle d’une hauteur de 120 mètres, pales comprises, quand une des pales de l’éolienne atteint son apogée.

La puissance des éoliennes est directement proportionnelle à la surface balayée par le rotor et à la hauteur des pales. C’est pourquoi les éoliennes d’aujourd’hui sont près de 2 fois plus hautes qu’il y a 5 ans, pour des puissances 3 à 4 fois plus élevées. Ces éoliennes nouvelle génération peuvent chacune fournir 1500 à 1600 personnes en électricité (hors chauffage électrique).

Considérant la rareté de l’espace en Wallonie, il y a lieu de veiller à utiliser au maximum les sites éoliens les plus intéressants ainsi que d’éviter la prolifération anarchique de petites unités de production. La priorité est donc donnée à l’installation des machines les plus puissantes. Mieux vaut en effet 3 éoliennes de 1.5 MW plutôt que 9 éoliennes de 500 kW, d’autant que la différence pour l’œil humain n’est que faiblement perceptible et s’atténue avec la distance.

Les éoliennes peuvent avoir une, deux ou trois pales sans que cela n’affecte leur rentabilité. Le nombre de pales n’est en effet pas lié à la puissance de l’éolienne. Des études ont toutefois établis que les éoliennes tripales présentaient un confort visuel supérieur par rapport aux unipales ou au bipales. C’est pourquoi ce type d’éolienne est privilégié en Région wallonne comme dans la plupart des pays européens. Les éoliennes de nouvelle génération ont de plus une vitesse de rotation réduite de façon à optimiser le confort de perception par l’œil humain. De même, afin de minimiser cet impact, les éoliennes sont de couleur gris-blanc, teinte qui se remarque le moins lorsque les éoliennes sont vues avec le ciel en arrière-plan. Enfin, pour des raisons d’homogénéité, il est impératif que les éoliennes implantées dans un même parc soient toutes du même type.

René Pechere, dans sa " Grammaire des jardins et des paysages ", estime à 150 degrés en vertical l’angle de perception de l’œil humain. Dans cet angle, le cône de reconnaissance, c’est-à-dire l’angle dans lequel les éléments seront réellement identifiés et reconnus, est en moyenne de 25 à 27 degrés en largeur sur 15 à 20 degrés en hauteur. Dans ce cône, une éolienne de 120 mètres de haut (pales comprises) placée à une distance de 1 km occuperait environ un espace de 4 degrés , soit l’équivalent d’une règle de quelques 5 cm. A courte distance, la présence d’une éolienne d’une telle hauteur peut néanmoins provoquer une impression de réduction, voire d’écrasement. Un tel impact n’est pas systématique, mais dépendra du relief et du type de paysage, de l’implantation exacte de la turbine et des conditions climatiques. C’est pourquoi cet élément sera toujours analysé au cas par cas dans le cadre de l’étude d’incidence.

Les aspects pris en compte pour analyser l’intégration paysagère dans l’étude d’incidence sont les suivants :

A ce niveau, la lecture paysagère est divisée en trois étapes principales :

Ceux-ci sont décrits selon leur intensité, leur étendue, leur durée et leur importance. Les impacts des constituants du parc autres que les éoliennes (cabine technique, chemin d’accès,…) sont également analysés. Deux outils sont disponibles pour évaluer les impacts paysagers d’un parc éolien :

Une série de mesures sont identifiées afin de minimiser tout impact potentiel du parc éolien sur le paysage en vue d’assurer une harmonie et un équilibre visuel, limiter le parc aux seules éoliennes, minimiser les chemins d’accès, gérer le chantier et l’après chantier et assurer la maintenance des machines.

En ce qui concerne le caractère purement esthétique, le jugement est quand à lui totalement subjectif, les uns trouvant les éoliennes belles et synonyme de pureté et de progrès, les autres y voyant une construction industrielle et commerciale inesthétique.

Le type de balisage demandé par l’armée consiste en une bande rouge tous les 45 mètres (donc une bande rouge au milieu du mat), un flash blanc sur la nacelle, visible à 360 degrés et un marquage rouge au bout des pales. La nuit se marquage est complété d’une lumière rouge chaque 45 m (donc une au milieu du mât) et sur la nacelle. Aucun flash n’est apposé sur les pales, ce qui signifie la totale absence de point lumineux en mouvement. Notons que ce marquage n’a rien à voir avec un " pyjama rouge et blanc " tel que celui de la maquette présentée lors de la conférence du 8 mai 2002 à Celles.

Une éolienne émet deux sortes de bruits : du bruit mécanique et du bruit aérodynamique.

Du bruit mécanique, créé par le mouvement ou le frottement des composants métalliques les uns contre les autres, peut se produire dans le multiplicateur, les arbres et la génératrice de l'éolienne. Suite aux programmes de recherche et développement des fabricants d’éoliennes, ces bruits mécaniques ont été considérablement réduits pour atteindre aujourd’hui un niveau non problématique. Les multiplicateurs des éoliennes, par exemple, ne sont plus simplement des multiplicateurs industriels standard, mais sont aujourd'hui spécialement conçus pour assurer le fonctionnement silencieux des éoliennes.

Les pales du rotor engendrent un léger bruit, parfois audible à proximité de l'éolienne si le vent est assez faible. Il s’agit dans ce cas du bruit aérodynamique produit par l’éolienne lorsqu’elle " fend " le vent. Les améliorations techniques apportées aux pales des éoliennes de dernière génération ont permis de réduire ce bruit, que ce soit au niveau de la surface des pales (très lisses, le vent glisse dessus en n’émettant qu’un très léger bruit) ou de leur bord, appelé bord de fuite (la réduction de la vitesse de rotation du rotor a pour conséquence de réduire considérablement le bruit émis à ce niveau).

Quel que soit le paysage, le silence absolu ne règne jamais  : les oiseaux et les activités humaines émettent des sons, et à des vitesses du vent de 4 à 7 m/s ou plus, les sons en provenance de feuilles, arbres, etc. masqueront graduellement tout bruit potentiel engendré par une éolienne. A des vitesses de vent de 8 m/s ou plus, il semble même absurde de discuter les émissions sonores d'une éolienne moderne, les bruits de fond masquant en général complètement tout bruit émis par l'éolienne.

En général, on entend à peine le bruit en aval des éoliennes. Par conséquent, la rose des vents est un instrument important pour le calcul de la propagation potentielle du son dans différentes directions. Le niveau sonore potentiellement perceptible au niveau des habitations ainsi que la rose des vents feront toujours partie du contenu minimal de l’étude d’incidence. De cette étude seront déduites des distances minimales aux habitations afin d’assurer la préservation du confort sonore des riverains.

Avec une production sonore moyenne de 40 à 50 dB(A), les éoliennes sont nettement moins bruyante qu’un bureau ou que l’intérieur d’une voiture, le niveau de bruit étant comparable voir inférieur à celui audible à l’intérieur d’une maison.

Lorsque le soleil est visible, une éolienne projette - comme toute autre haute structure - une ombre sur le terrain qui l'entoure. A l’intérieur d’une habitation très proche d’une éolienne, une gêne peut se faire sentir, de temps à autre, lorsque les pales traversent la lumière du soleil, la coupant en morceaux et provoquant ce que l'on appelle un effet stroboscopique (flicker). Cependant, il est possible d’évaluer cet effet par simulation numérique et de déterminer où il risquera d'être gênant. Ce point est bien entendu analysé dans l’étude d’incidence.

En outre, en cas de risque avéré, il est possible de munir l’éolienne d’un système d’arrêt automatique stoppant le rotor lorsqu’il est orienté de façon telle et à moment tel qu’il génère un effet stroboscopique dans une habitation.

L’impact sur les oiseaux est minime. Selon les informations de l’AVES, société ornithologique, le taux de mortalité dû aux éoliennes varie de 0 à 1,4 oiseaux par éolienne par an. Durant les migrations on observe une modification de trajectoire de vol lors des migrations de jour jusqu’à 100 mètres avant la première éolienne et jusqu’à 20 mètres lors des migrations de nuit. Plusieurs études montrent que les oiseaux migrant de nuit volent à une altitude suffisante pour éviter les collisions. Certaines études suggèrent que les migrateurs modifient leur itinéraire pour éviter complètement le parc. La déviation observée est alors en général de 300 à 350 mètres par rapport à l’itinéraire initial.

Une étude élaborée par le Ministère danois de l'environnement et de l'énergie a démontré que, en réalité, les lignes à haute tension constituent un danger bien plus important que les éoliennes en elles-mêmes. Certains oiseaux s'habituent très rapidement à la présence d'éoliennes, alors que d'autres prennent plus de temps pour s'y faire. La possibilité de construire un parc éolien à proximité d'habitats d'oiseaux dépend donc de l'espèce d'oiseau y vivant.

D’une façon générale, que ce soit au niveau des collisions directs ou des impacts indirects sur les oiseaux migrateurs, les impacts des éoliennes sur l’avifaune seront toujours analysés et estimés dans l’étude d’incidence.

En outre, lors de l'implantation des éoliennes, il importe avant tout d'appliquer le principe de précaution, en particulier aux abords ou dans les zones naturelles. Le promoteur doit donc veiller à ce que son projet ne provoque pas de détérioration de l'équilibre écologique du site. Il est également tenu compte des zones qui, sans être soumises à un statut de protection, présentent un intérêt potentiel, telles que les sites Natura 2000 que le Gouvernement doit encore proposer à la Commission européenne.

L'énergie éolienne est souvent perçue positivement par le public, car il s'agit d'une industrie respectueuse de l'environnement. À plusieurs endroits dans le monde, des installations éoliennes constituent des points d'attraits importants. La ferme éolienne de Delabole par exemple, dans la région des Cornouailles, au sud ouest de l’Angleterre, a attiré plus de 80000 visiteurs. De même, entre 1999 à 2001, l’île de Samsoe, au centre du Danemark, sur laquelle 11 éoliennes ont été installées, a attiré près de 2000 " touristes éoliens " et estime que 2,5 nouveaux emplois à temps plein ont pu ainsi être crées dans l’hôtellerie. Les autorités de cette île, qui passe de 4000 habitants à l’année à 12.000 habitants en haute saison, a choisi de présenter les éoliennes en première page de leur guide touristique ainsi que comme symbole principal repris sur les cartes postales distribuées gratuitement dans leur centre info tourisme.

Quelques références… pour aller plus loin

 

Adresses utiles