Article du courrier de l’ Escaut paru le 24 septembre
Les éoliennes plient mais ne rompent pas.
Entre le promoteur du projet d'éoliennes et ses opposants, le vent souffle. Chacun balaie les arguments de l'autre partie. La décision reviendra au ministre Foret.
Une réunion de concertation à huis clos s'est tenue récemment entre le promoteur du projet d'implantation d'éoliennes au site dit du Grand Breucq à Escanaffles, Benoît Mat, les auteurs du projet d'incidence, des représentants communaux et les opposants à ce projet.
Neuf représentants, des riverains étaient venus avec un document mettant en doute le bien fondé des conclusions du rapport d'incidence et démontrant, selon eux, le non respect du cadre de références établi par la Région wallonne en cette matière.
La réunion étant à huis clos, nous n'avons pas pu y assister. Nous avons dès lors pris contact avec les opposants et le promoteur.
Voici donc les positions respectives en commençant chaque fois par les griefs des opposants suivis des arguments du promoteur.
POINTS DE VUE REMARQUABLES
La Région wallonne mentionne comme sites vivement déconseillés pour l'implantation d'éoliennes certains périmètres de points de vues remarquables. L'association des opposants espèrent que ceux du Mont Saint-Aubert, du Mont de l'Enclus et de la Plaine de l'Escaut et d'autres sites de protection de la nature comme ceux envisagés dans le cadre de l'opération Natura 2000 pourront faire partie de ces sites vivement déconseillés.
En effet les marais et étangs Pottois sont susceptibles d'être repris dans les zones protégée de Natura 2000.
Autres arguments avancé par les opposants: la présence proche du Hameau du Quesnoy, de son château datant 12 e siècle en pleine réfection et de fermes environnantes classées.
UNE DISTANCE SUFFISANTE
Abordant le sujet des zone Natura 2000, M. Mat insiste sur le fait que la zone " potentielle " la plus proche est situé à 2,5 km de la première éolienne et surtout sur le fait que la décision n'est nullement prise à l'heure actuelle.
INTERET BIOLOGIQUE, AERODROME ET PEUPLERAIE
Selon les riverains toujours, une étude d'incidence sur l'environnement constate par ailleurs que la situation de l'éolienne n* 1 s'avère trop proche d'une zone d'intérêt biologique à savoir une peupleraie située au S-0. L'éolienne n*4 aurait, quant à elle, un impact négatif sur la migration d'oiseaux qui suivent l'Escaut. L'éolienne n* 3 se situant à moins de 3 km d'un aérodrome devrait, elle aussi, disparaître. Resterait donc la n* 2... Mais on ne pourrait plus parler de " parc" comme la Région le souhaite. Et quelle en serait la rentabilité ?
IL Y A L'INTERET REEL ET L'INTERET SUPPOSE
Quant à la présence de l'aérodrome d'Amougies, le rapport d'incidence stipule clairement que le promoteur a obtenu l' accord des autorités compétentes à savoir les administrations aériennes civile et militaire.
Pour la peupleraie et sa " rareté biologique ", il réfute pleinement l'argument des opposants en insistant sur le fait qu'il s'agit d'une culture comme une autre largement répandue dans notre région.
Selon lui, le terroir du Grand Breucq peut être assimilé à un paysage de culture intensive où les pesticides sont régulièrement utilisés et qui ne possède pas plus d'intérêt biologique qu'une autre région. S'il faut implanter une cabine à haute tension dans ou près de la peupleraie, le déboisement ne touchera qu'une faible surface ne contenant pas d'essence végétale particulière.
EN TERRAIN MINE
Les opposants évoquent une contrainte géotechnique à savoir l'implantation de ces constructions dans une région géographique à effondrements karstiques. Dans le courant de l'année, des effondrements de ce type nécessitant l'apport de 60 camions de terre se sont produits.
ÉTUDE EN COURS
Benoît Mat reconnaît aussi la présence d'effondrements karstiques et l'administration wallonne l'a d’ailleurs obligé à réaliser une étude géotechnique poussée afin d'établir les fondations des éoliennes à partir de la roche mère. Cette étude coûteuse sera réalisée après l'obtention du permis d'urbanisme.
QUELLE EST LA LÉGITIMITÉ DU RAPPORT D’INCIDENCE ?
Pour les opposants, il paraît difficile d'adhérer aux conclusions d'un rapport d'incidence qui s'est basé sur une étude de vents réalisée par une société non agréée par la RW et qui a réalisé ses relevés au lieu dit du Bois Cahut. Aucune vérification des données de départ fournies par cette société ne semble avoir été effectuée. Or c'est précisément sur ces chiffres que le rapport d'incidence se base pour déterminer les nuisances. Le rapport d'incidence apparaît donc comme peu crédible aux réclamants.
" Il est incomplet, déclare un représentant des plaignants, et donne des informations erronées. Il passe sous silence certains points dont, par exemple, les déboisements qui ne semblent pas avoir été prévus au départ; il se base sur des informations fournies par des organismes non-neutres puisque émanant de sociétés responsables de poses d'éoliennes. Les photos placées dans le dit rapport peuvent, elles aussi être mises en cause. Si elles sont en couleur elles intègrent des éoliennes blanches. Or, sur le site de Pottes, elles présenteront des bandes rouges sur le mât et les ailes et seront munies de balises. Cela peut induire en erreur.. "
UNE SOCIÉTÉ COMPÉTENTE ET RECONNUE.
En ce qui concerne la société " non agréée ", Benoît Mat signale que la Région wallonne n'a pas encore établi de liste de sociétés homologuées mais que le consortium " 3 E " qui a réalisé l'étude de vents est reconnu en Flandre et qu'il a réalisé toutes les études anémométriques sur le territoire wallon. La société Aries, auteur de l'étude d'incidence s'est, quant à elle, basée sur des moyennes cartographiques établies par la RW et dont le logiciel a été conçu afin d'extrapoler les résultats à des zones contiguës (à celles du bois Cahut, par ex.).
Dernier élément soulevé par le promoteur: une étude supplémentaire visant à visualiser l'impact provoqué par les faisceaux hertziens générés par les transformateurs des éoliennes montre qu'il n'y aura pas d'interférence avec les télécommandes du club d'aéromodélisme situé à proximité.
MILLE SIGNATURES
Les opposants au projet espèrent également que la dimension humaine sera prise en compte par les autorités. Plus de mille personnes ont signé la pétition et 78 lettres motivées sont parvenues jusqu'à eux. On se souviendra aussi de la virulente opposition qui s'est manifestée lors du débat organisé par le ministre José Daras en mai dernier.
Ils déplorent également le tract distribué par le promoteur durant l'enquête publique.
DRÔLES DE COLLECTE
Benoit Mat fait aussi observer que la pétition qui coin, porte bien 1000 signatures a été réalisée dans des conditions peu " orthodoxes " et qu’elle mentionne plus de la moitié de personnes n'habitant pas la commune. ,
ET MAINTENANT...
D'ici quelques jours, le rapport sur cette réunion de concertation pourra être consulté par le public à l'administration communale. Les demandes de permis seront introduites auprès de l'administration de l’urbanisme. Une cellule éolienne constituée d'une quinzaine d'experts rendra un avis à cette administration et ce sera alors au ministre Foret d'accorder ou non le permis de construction.
La commission wallonne d'étude du développement durable à quant à elle déjà rendu un avis favorable.